Zarafa, la première girafe de France

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Zarafa, la première girafe de France, Nicolas Huet the Younger (1770-1830) [Public domain]

Méhémet Ali est le vice-roi de l’Égypte Ottomane et souhaite se rapprocher des grandes puissances européennes. Son but est alors d’obtenir l’indépendance de l’Égypte en s’affranchissant de l’emprise de l’Empire Ottoman. Pour cela, il prend conseil auprès de Bernardino Droverti, ancien officier de Napoléon et consul général du roi Charles X. Il lui apprend que le souverain français cherche à enrichir sa ménagerie, lui suggérant ainsi de faire un présent exotique.

Son voyage de l’Afrique à l’Europe

La girafe Zarafa naît en 1824 dans désert Kordofan situé sur le cours du Nil bleu, au sud de la ville de Sannar. Comme toute girafe, son premier périple, sa propre naissance, est une chute de deux mètres. Puis vient sa première épreuve, celle de se mettre debout, tenir sur ses quatre pattes. En casd’échec, sa mère estimera qu’elle n’est pas assez forte pour vivre. Mais le résultat, vous le connaissez déjà !

Durant l’automne 1824, Zarafa profite du vent frais du désert et des eaux du Nil bleu qui reprend vie avec la saison des pluies. Mais en une seule journée, son quotidien est chamboulé. Sa mère se fait tuer par des Soudanais devant ses yeux, un être majestueux de quatre mètres qui s’effondre au sol. Il n’y a que le girafon, Zarafa qui les intéresse.

Les causes de sa capture

Sa jeunesse en est la raison, son transport est grandement facilité, elle qui ne représente la moitié d’un adulte. Ainsi qu’un élément commun à toutes les espèces, soumettre un jeune est plus facile qu’un adulte dans la force de l’âge. Ainsi, elle fait le voyage à dos de chameau dans le désert, ficelée pour empêcher le moindre mouvement. Ce n’est plus qu’une marchandise qui doit arriver en vie à bon port.

Zarafa prend ensuite le bateau jusqu’à la ville de Khartoum, la capitale du Soudan. La jeune girafe n’a connu que sa mère pendant les deux à quatre premiers mois de sa vie. Mais Zarafa n’est pas la seule dans cette situation, une autre petite femelle a vécu la même chose. Maintenant, elles sont deux orphelines, deux marchandises qui doivent survivre. Elles restent sur place de long mois, enfermées et nourries au lait de chamelle.

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Zarafa qui embarque pour son voyage sur la Méditerranée.

La girafe Zarafa arrive avec son amie d’infortune à Alexandrie durant l’été 1826 pour servir de cadeau diplomatique au vice-Roi d’Égypte. Elles ont déjà parcouru 3.000 kilomètres depuis leurs terres natales. Le girafon est alors personnellement destiné au Roi de France, Charles X. Mais l’Angleterre souhaite aussi l’obtenir, son compagnon de route n’est pas en aussi bonne forme. C’est sur un tirage au sort, manipulé par Bernardino Droverti, que Zarafa se voit attribuer à la France.

Son voyage vers la France

Le voyage se fait par la mer, sur le bateau I Due Fratelli. Pendant le trajet, Zarafa peut contempler la Méditerranée, la cale ayant été aménagée pour qu’elle puisse sortir la tête. Un paysage qu’elle n’aurait jamais dû voir, en rien comparable avec sa savane. Les odeurs marines inconnues qui lui arrivent aux narines. Le bruit de l’eau qui s’écrase contre la coque du bateau qui monte et descend au grès des vagues. Un effet qui doit s’amplifier par sa taille, haute de 3,50 mètres.

Durant le trajet sur la Méditerranée, d’autres animaux l’accompagnent dans son périple, deux antilopes et trois vaches soudanaises. Ces dernières lui fournissent le lait nécessaire pour sa survie, 20 à 25 litres par jour. L’odeur des antilopes lui permet de se calmer, de lui rappeler le peu de temps qu’elle a passé dans la savane. Son soigneur l’accompagne aussi durant tout son voyage, lui qui a pris soin d’elle depuis sa capture.

La girafe Zarafa et la cité phocéenne

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Zarafa qui doit marcher en laisse.

Le 23 octobre 1826, la girafe Zarafa arrive à Marseille, après un voyage de 25 jours en mer avec des escales en Crète et en Sicile. Mais avant d’arriver véritablement dans la ville, elle doit aller en quarantaine dans le lazaret d’Arenc. Le comte Villeneuve-Bargemon, préfet de Marseille, lui rend visite chaque jour. Elle doit alors rester dans ce lieu, pendant trois semaines, un toit de pierre au dessus de sa tête et dans la pénombre.

Zarafa rentre véritablement à Marseille le 14 novembre 1826 et y passe l’hiver afin de lui laisser le temps de s’habituer aux températures plus froides de l’Europe. Dans la savane, elles sont comprises entre 18 °C et 50 °C, alors qu’à Marseille en hiver, elles sont entre 10 °C et 20 °C.

La girafe loge dans les écuries du comte qu’il chauffe pour le plus grand confort de son invitée royale. De nombreux coussins entourent son nouveau lieu de vie, la belle ne doit pas se blesser. Sa jeunesse et son caractère lui permettent de dépasser sa solitude par le jeu. Un mouflon né tout récemment lui sert de compagnon de jeux, même si la différence de taille est évidente.

Son quotidien en attendant le passage de l’hiver

Chaque jour, la jeune girafe Zarafa fait des promenades sous les yeux enjoués des Marseillais, mais c’est à la laisse qu’elle doit le faire. La liberté de marcher dans la direction qu’elle souhaite, Zarafa ne la possède plus. Dans la journée, des collégiens viennent s’extasier devant cet étrange animal qui ne ressemble à rien qu’ils connaissent. Le soir venu, elle sert de clou de spectacle pour des repas mondains organisés par la préfète de Marseille. Les quelques invités se rendent alors dans son étable pour l’admirer à la bougie, la première girafe vivante de France. Ils débattent de sa condition d’hybride entre un chameau et un léopard.

Pour se nourrir, Zarafa doit accepter de se baisser pour chercher sa nourriture, allant contre sa peur, contre sa nature profonde, celle d’un prédateur embusqué prêt à l’attaquer. Son caractère lui permet de survivre, de s’adapter, elle qui est calme et soumise. La présence des autres ruminants qu’elle côtoie depuis plusieurs mois, leurs odeurs devenues si familières, l’aide dans cette épreuve.

Durant l’hiver année 1826, la girafe Zarafa perd un de ses compagnons de voyage. Le froid de l’hiver a joué avec les nerfs de l’antilope mâle qui tue d’un coup de corne sa femelle. Mais point de repos pour l’antilope trépassée, son corps sans vie l’accompagne dans son périple vers la capitale royale.

La longue marche de la girafe Zarafa jusqu’à Paris

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Zarafa, son voyage vers la capitale.

La girafe Zarafa commence son voyage vers Paris le 20 mai 1827, le ciel pleure ce jour de départ. Elle voit la route à parcourir du haut de ses 3,70 mètres. Au début, Zarafa refuse d’avancer, ce n’est seulement que lorsque les vaches se trouvent devant que la girafe obtempère à prendre la route. Mais il a fallu un moment aux hommes pour la comprendre. L’antilope mâle baptisé Sannar, des mouflons ainsi qu’un cheval l’accompagne dans sa montée. Tandis que des gendarmes ouvrent la voie.

Son périple, malgré la pluie et les blessures

Pour s’assurer que l’animal arrive à la capitale, ils envoient Étienne Geoffroy Saint Hilaire, Professeur de Zoologie au Muséum, membre de l’Académie des Sciences et directeur de la Ménagerie du Jardin des Plantes. Il fait porter à Zarafa un accoutrement fait sur-mesure, un costume imperméable, ainsi qu’un bonnet. Le tout pour la protéger de la pluie qu’elle doit supporter durant son long périple.

Zarafa traverse alors plusieurs villes, les enseignes des marchants changent après sa traversée de la ville ou du village. À chaque fois, la girafe doit faire face à la foule et au boucan des habitants qui l’acclament sur son passage. À tel point qu’elle finit par s’échapper à Lyon, alors que les vaches qui la rassuraient habituellement sont absentes. A partir du 5 juin 1827, elle y reste cinq jours pour pouvoir se reposer de cette longue marche.

Quelque jour plus tôt, le 1 juin, un clou rentre dans le sabot de la girafe Zarafa, mais aucune séquelle n’est à déplorer. C’est à ce moment-là que des bottes sont rajoutées à son accoutrement.

La majestueuse ambassadrice d’Égypte, la girafe Zarafa

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Zarafa en tenue de voyage.

La girafe Zarafa, ainsi que ses compagnons de voyage arrivent à Paris le 30 juin 1827, 17 heures, elle se trouve dans les jardins du Roi. Elle a parcouru la distance entre Marseille et Paris, soit 880 kilomètres, en 41 jours, avec seulement sept jours de repos. Elle parcourait 20 à 25 kilomètres par jour, à une allure de 3,5 km/h.

Zarafa se présente devant le Roi Charles X le 9 juillet 1827, se plaignant d’être la dernière personne à l’avoir vu. Sa belle-fille lui disant que c’était à la girafe de venir à lui et de s’incliner devant sa majesté de droit divin. Outre le Roi de France, se trouve sa famille ainsi que la cour dans le château de Saint-Cloud. Pour l’occasion, elle porte un autre accoutrement sur-mesure, un manteau brodé des armoiries françaises et égyptiennes ainsi qu’une couronne de fleurs. Pour satisfaire le Roi et son rang, la girafe doit manger dans la main de ce dernier, appâter par des fleurs de roses.

Le temps éphémère de la girafomania

La girafe est placée dans les jardins du roi, elle sert alors d’attraction, une véritable girafomania déferle sur la capitale. Durant l’été 1827, ce sont pas moins de 600.000 personnes qui se pressent devant la Rotonde pour voir Zarafa, nommé alors « Le bel animal du Roi ». La girafe profite d’un bon traitement au vu de sa stature, une loge capitonnée avec des paillassons et profite de la chaleur d’un poêle.

Il faut dire que les températures de la métropoles sont loin de celle de la savane. De même, les gouttes d’eau la caressent bien plus souvent. Les vaches qui sont venues avec elle d’Égypte sont toujours à ses côtés, profitant encore de leurs laits. Cette folie de la girafe dure pendant trois ans, coïncidant avec la fin de règne de Charles X.

Chaque jour, Atir, son soigneur soudanais, la peigne avec une brosse étrille. Un travail long et inutile qui donnera même lieu à une expression, « peigner la girafe ». En 1839, Zarafa fait la rencontre d’un mâle qui a lui aussi fait le voyage depuis l’Égypte. Mais jamais de girafon ne naîtra de leur rencontre.

La girafe Zarafa meurt le 12 juillet 1845 d’une tuberculose bovine, dû à l’ingestion répétée de lait de vache. Ce qui lui avait jadis sauvé la vie, est finalement la cause de sa mort. Cette alimentation est aussi la cause probable de sa petite taille. En effet, Zarafa ne mesure que quatre mètres, un mètre manque à l’appel.

Zarafa et les deux guerres mondiales

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Zarafa naturalisée.

Mais l’histoire de Zarafa ne s’arrête pas là. Son corps est naturalisé, avant de disparaître pendant une quinzaine d’année et d’être retrouvé dans le musée de La Rochelle. Cette période est encore floue, elle serait arrivée dans le musée de Verdun, faute de place à Paris. Certaines histoires racontent que son long cou aurait même servi à effrayer l’ennemi pendant la première guerre mondiale.

Même actuellement, des doutes subsistent sur la fait que ce soit bien Zarafa qui serait présenté au public, les tâches de sa robe ne correspondant pas à des croquis d’époque.

De son squelette, il ne reste que son crâne. Il se trouvait à la faculté des sciences de Caen, arrivé en 1869, mais détruit lors d’un bombardement pendant la seconde guerre mondiale. Son crâne se trouve maintenant au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris.

À l’heure actuelle, on ne sait toujours pas à quelle espèce appartient exactement Zarafa, parmi les quatre qui ont été identifiés. Vous pouvez découvrir la vie d’une girafe dans son milieu naturel sur Histoire de Compagnie.

En vous remerciant de cette lecture et d’avoir découvert cette histoire. N’oubliez pas de laisser un commentaire, donner votre avis ou bien des précisions pour enrichir la biographie de la girafe Zarafa. Bien d’autres histoires sont présentes, tel que la chienne Laïka, le premier être vivant dans l’espace, ou bien, Koko, le gorille qui parlait.

Média

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Zarafa, affiche du film d’animation.

Son histoire a librement inspiré le film d’animation Zarafa sorti en 2012, dont beaucoup d’élément ont été amplifiés. C’est notamment le cas d’une scène enneigée au milieu des Alpes que la véritable Zarafa n’a jamais connu. Son histoire apparaît aussi dans la série publiée par Nathan. L’histoire vraie de Zarafa la girafe, paru en 2016. En 1985 est publié Une girafe pour le Roi, qui lui donnera son nom, Zarafa.

En 2009, une association réalise une sculpture éphémère en livre de la girafe sur la Canebière à Marseille. Elle est détruite en juin 2010 par un incendie durant un évènement sportif. Pendant l’été de la même époque, la statue de Zarafa fait son retour dans une structure métallique. Un girafon se trouve près d’elle, qui devient un lieu d’échange de livre pour les Marseillais.

Vaillant, un pigeon de la première guerre mondiale a lui aussi librement inspiré un film d’animation. Ou bien un autre pensionnaire éphémère du jardin des plantes présent sur Histoire de Compagnie, l’éléphant Jumbo, celui qui inspira le film d’animation de Disney.

Sources

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