L’éléphant Jumbo, celui qui inspira “Dumbo”

éléphant - Jumbo - nourri

Jumbo, l’éléphant Dumbo de Disney. Image de Wikipédia.

Une vie qui ne sera jamais un cadeau

L’éléphant Jumbo naît dans la savane, à part du reste du groupe, aux alentours du Noël 1960. Comme tout éléphant, il doit rapidement se mettre debout pour prouver qu’il est capable de vivre dans la savane africaine. Les prédateurs rôdent, l’odeur du placenta peut les attirer jusqu’à lui, sa mère l’a enterré pour limiter les risques. Il passe cette première épreuve, et peut rejoindre le reste du groupe. Mais pour l’éléphant Jumbo, Noël n’a qu’un seul cadeau à lui offrir, la servitude pour le reste de sa vie.

Quelque jour après sa naissance, sa mère meurt devant ses yeux, mais pas d’un prédateur armé de crocs et de griffes, mais d’un fusil. Des chasseurs soudanais le capturent et l’enferme dans une cage en bois. Un Italien l’achète, le jeune Jumbo doit parcourir à pied une centaine de kilomètres dans la chaleur pour rejoindre le port de Suakin, Soudan. C’est par bateau à vapeur qu’il traverse le canal de Suez, puis la Méditerranée pour arriver en Italie, à Trieste.

L’éléphant Jumbo et son voyage à travers l’Europe

Rotonde - Jardin des plantes - éléphant

La rotonde du jardin des plantes, Paris. Image issue du blog Paris en 1900.

Jumbo se retrouve dans une ménagerie allemande ambulante, avant qu’ils ne le vendent au Jardin des Plantes à Paris à la fin de l’année 1962. Il se retrouve dans la rotonde, un petit espace qu’il partage avec deux autres éléphants dont Alice, des chameaux, des girafes et un hippopotame. Un espace bien trop petit pour autant d’animaux aussi massif.

Quelque temps plus tard, en octobre 1963, ce sont deux autres éléphants, Castor et Pollux qui les rejoignent. Les jeunes éléphants jouent ensemble, ils ne sont pas seul même si ils viennent de famille différente. Mais Jumbo reste la plus part du temps dans les écuries, à l’abri des regards des parisiens.

À l’âge de quatre ans, en 1865, les deux éléphants, Jumbo et Alice tombent malades. Un soigneur britannique, Matthew Scott, arrive sur place pour déterminer la nature de leurs maladies. Mais pour être soigné, les deux éléphants sont envoyés au jardin zoologique de Londres. Pour cela, les deux parcs concluent un échange, un rhinocéros africain contre les deux éléphants d’Afrique.

C’est une des raisons évoquées, l’autre serait le manque de place. Trop d’animaux dans un espace réduit pour assurer de bonne condition de vie. Cela ne change pas grand-chose à la suite de l’histoire de Jumbo.

Son quotidien au zoo de Londres

éléphant - Jumbo - soigneur Scott

Jumbo, jeune, avec son soigneur Scott. Image de Wikipédia.

Les éléphants Jumbo et Alice arrivent le 26 juin 1865 dans le zoo de Londres. Ils étaient très mal nourris, la peau couverte de crasse, leurs pieds envahis de végétation et couverts de plaies. Remis en forme, une vie dans un nouveau zoo peut commencer, avec de nouvelles habitudes. Ainsi, Jumbo, par son caractère calme et soumis, se voit former pour transporter des visiteurs. Il porte alors une grande charge sur son dos, une lourde structure pour permettre aux enfants de lui monter dessus. Il devient une attraction à tel point que même les enfants de la Reine d’Angleterre Victoria lui rendent visite. De même que le jeune Winston Churchill.

Les éléphants d’Afrique ne sont pas dressé par les populations locales, contrairement aux éléphants d’Asie. Mais les conséquences sur leurs santés sont les mêmes, ils ne sont pas pour transporter des charges sur leurs dos.

À sept ans, l’éléphant Jumbo a un appétit insatiable, avalant près de 90 kilogrammes de foin, un baril de pomme de terre, de l’avoine, du pain des oignons. Ne mangeant pas à sa faim, il avale tout ce qu’il lui passe à porter de trompe, des pièces, des sifflets, des clés et des jouets pour enfants. Mais l’image qu’il donne le jour contraste avec celle qu’il a la nuit, commençant au cours de l’année 1880.

La douleur de l’éléphant Jumbo calmé par l’alcool

Les fureurs de Jumbo font que les barreaux de son enclos s’en retrouvait en tordus. L’éléphant mâle finit même par casser ses deux défenses en ivoire contre un rocher. Pour le calmer, son dresseur Scott lui donne du l’alcool, du whisky pour lui faire oublier la douleur. C’est bien la source de sa colère et non le smuth dont un mâle peut être pris souvent dans sa vie. Son corps entier le fait souffrir, porter un poids sur son dos qui n’est pas fait pour cela. Sa hanche lui donne une douleur continue, de même pour ses dents. Quant à ses défenses, elles ne repoussent que de quelques centimètres.

Un autre mal invisible le ronge. L’éléphant Jumbo ne reçoit pas l’alimentation adaptée à ses besoins, ses dents ne s’usent pas et ne tombent pas. La suivante reste en dessous, provoquant une douleur continue à Jumbo. Comme il est occupé pendant la journée, cette douleur s’oublie un peu mais elle revient le hanter durant la nuit. Malgré sa colère, la violence qu’il pouvait montrer, Jumbo n’a jamais blessé personne, mis à part lui-même.

Ainsi en 1882, le zoo décide de le vendre, considérant que le danger devient trop grand pour les visiteurs et les soigneurs.

D’une vie de zoo à celle du cirque

éléphant - Jumbo - caisse de transport

Entrainement de Jumbo pour rentrer dans sa caisse à l’entrée de l’espace des éléphants. Image de Wikipédia.

C’est Phineas T. Barnum qui en devient propriétaire, pour le prix de 2,000 £ soit 10,000 $, une somme importante pour l’époque. Malgré les pétitions et les protestions des Londoniens, même au près de la Reine d’Angleterre, l’éléphant part vers le nouveau continent dans un cirque américain.

Ainsi, le jour du départ, le 18 février 1882, l’éléphant Jumbo doit être chargé dans une caisse en bois pour partir en bateau sur la Tamise. Les hommes, dont le soigneur Scott, l’enchaînent au niveau des pattes avants pour limiter ses mouvements. Mais cela stresse énormément Jumbo qui tente de briser ses chaînes. En réponses les hommes n’en mettent que d’avantage, autour de son corps, son cou et ses défenses. Sa réaction est toujours la même, l’éléphant lançant des barrissements auquel répond Alice. Il passe finalement la nuit dans son enclos avec la femelle.

La volonté de l’éléphant Jumbo

Mais les hommes n’ont pas abandonné, le soigneur Scott tente une autre approche. Il se place devant l’éléphant Jumbo et lui tend un biscuit trempé dans de l’alcool. Chose qui serait sa gourmandise favorite. Il commence à avancer mais Jumbo se stoppe à nouveau, lui qui a l’habitude de marcher dans le gravier du zoo que dans la terre qui le sépare de la route. Finalement, Jumbo ne reprend pas sa marche, il se couche sur place, après avoir caressé son soigneur Scott avec sa trompe. Il lance un barrissement, auquel Alice répond à nouveau. Tout cela sous les applaudissements des londoniens venus voir son départ.

Pendant tout une journée, Jumbo reste coucher sans que rien ne le puisse le faire changer d’avis. Finalement, l’éléphant finit par se lever et de suivre le destin malheureux que les hommes ont choisis pour lui.

Barnum était parfaitement au courant de tout cela, mais cela lui faisait de la publicité gratuite !

Son trajet à travers Londres

Jumbo - éléphant - caisse de transport - direction les docks

Jumbo dans sa caisse, direction les docks pour prendre le bateau. Image de Wikipédia.

Le 22 mars 1882 à 1h30 du matin, il rentre dans sa cage, dans laquelle il se retrouve enchaîné. Puis il traverse les rues de Londres, tracté par des chevaux, qui se retrouvent plusieurs fois pris dans la boue par le poids combiné de la cage et de l’éléphant. Pendant tout le voyage, il boit de l’alcool, le rendant calme. Il peut voir le paysage défiler devant lui et passer sa trompe par une ouverture à l’avant. Son soigneur Scott se trouve sur sa cage tout du long pour le rassurer.

Ce sont 12 tonnes que les dix chevaux doivent tracter, sur le terrain le plus plat possible. Jumbo arrive finalement au quai le 22 mars 1882 à 23 heure où il est placé sur une barge par une grue. Pendant l’attente que la marée monte, Jumbo reçoit un petit déjeuné, ainsi qu’une bière d’une vieille dame. Après trois heures d’attentes, c’est le moment de rejoindre le bateau par la Tamise. De chaque côté de la rive, des habitants lui disent au revoir.

Un voyage stressant pour l’éléphant Jumbo

Durant le trajet, l’éléphant Jumbo s’agite dans sa caisse, percutant les barreaux en acier. Les moteurs se coupent, tandis que le soigneur Scott rassure son vieille ami qu’il connaît depuis 16 ans et neuf mois. Le voyage peut reprendre, le dernier arrêt sur terre anglaise se fait le 23 mars 1882 à 15h45, où il y passe la nuit sur le quai. Le 24 mars 1882, Jumbo se retrouve encore une fois dans les airs, le soigneur Scott est sur la cage pour le rassurer. En huit minutes, il se retrouve sur le bateau. Les chaînes lui sont enfin enlevées, sauf celles des pattes, l’éléphant peut enfin se reposer, s’appuyant contre sa cage.

Durant son voyage, direction les USA, l’éléphant reçoit toujours sa dose d’alcool avec du whisky, du champagne et des tonneaux de bière. Il profite aussi de deux tonnes de foins, de trois sacs d’avoine, de biscuits et d’un sac d’oignon. Après quinze jours en mer, le 9 avril 1882 vers minuit, son nouveau propriétaire et des journalistes monte à bord du bateau il a été transféré. Il l’annonce comme le plus grand éléphant ayant jamais foulé les USA.

Il remonte le fleuve Hudson, direction New York, où près de 10.000 personnes l’attendant dans un boucan infernal. À tel point que cela effraye Jumbo qui fait balancer sa caisse alors qu’il se trouve dans les airs. Il faut trois essais pour finalement réussir à le poser sur la terre ferme. À 19 heures, l’éléphant Jumbo est en Amérique.

Sa première présentation au public américain

éléphant - Jumbo - caisse de transport - New York

Arrivée de Jumbo à New York. Image de Wikipédia.

Toujours dans sa cage, tracté par des chevaux et aidé de deux éléphants d’Asie se nommant Gypsy et Chief. Jumbo remonte Broadway jusqu’à Madison Square Garden. Mais sa cage est trop haute pour l’entrée, il doit alors attendre toute la nuit dehors, recouvert de bâches. Le lendemain matin, Jumbo peut enfin en sortir, le plancher de sa cage s’est brisé sous son poids. Il entre dans le bâtiment, une fois arrivé à la piste, l’éléphant se couche, mais son soigneur lui demande de se relever. Jumbo rejoint sa tente, se retrouvant attaché à une chaîne à sa patte, relié à un pic enfoncé dans le sol. Il l’arrache et l’envoie sur le côté.

Jumbo rejoint les autres éléphants du cirque au nombre de 18, après leurs numéros. Ainsi, le travail de Jumbo est sensiblement le même que celui au zoo. Transporter des personnes sur son dos, avant et après les représentations. Il participe aussi aux parades des éléphants, qui monte à trente, où l’éléphant Jumbo est en tête.

Le nouveau quotidien de l’éléphant Jumbo

L’éléphant a son propre wagon surnommé le Jumbo’s Palace Car par Barnum. Son soigneur Scott dort avec lui, une petite chambre près de la tête de l’animal. La dernière relation stable qu’il possède dans ce monde.

éléphant - Jumbo - transport de spectateur

Jumbo transportant des spectateurs sur son dos. Image de Wikipédia.

Avant de se coucher, son soigneur partage une bouteille de bière avec Jumbo. Mais un soir ce dernier l’oublie et l’éléphant apporte la bouteille vide près de l’homme endormi qui la retrouve le lendemain.Durant le printemps 1884, la santé de Jumbo se dégrade fortement, son corps est plus vieux que son âge.

Le 15 septembre 1885, le cirque est à St Thomas en Ontario pour plusieurs représentations. Ainsi Jumbo et un éléphanteau Tom Thumb retourne à leurs tentes après une représentation, vers 21 h 30. Pour cela, ils doivent marcher sur le chemin de fer, la deuxième, sur la droite occupée par le train du cirque.

La rencontre mortelle de deux géants

Mais d’un seul coup, un bruit se fait entendre de derrière, c’est un train de marchandise qui arrive sur eux. Le soigneur Scott ordonne alors aux deux éléphants de courir, malheureusement, ils ne vont pas assez vite.

Le train percute l’éléphanteau par derrière, qui est projeté dans le fossé avec la jambe gauche cassé. Quelque seconde plus tard, c’est le tour de Jumbo, ses pattes arrières se font écraser, hurlant de douleur, restant coincé sous le train qui le traîne sur près de 90 mètres. Son crâne est fracturé à plusieurs endroits, du sang sort de sa bouche et de sa trompe.

L’histoire veut que Jumbo est tenté de protéger le plus jeune en le poussant et qu’il en avait fait de même avec son soigneur. C’est une belle histoire racontée par un businessman sans scrupule pour se faire de l’argent. Et s’il n’y avait que ça !

Les derniers moments de l’éléphant Jumbo

éléphant - carte postale

Le corps sans vie de Jumbo après l’accident ? Carte postale. Image de Wikipédia.

Jumbo est encore en vie malgré qu’il se soit fait percuter par un train de marchandise. Dans un dernier effort, il tend sa trompe à ce visage qu’il connaît depuis vingt ans. Son soigneur se tient à ses côté, pleurant dans ses derniers moments, une vie qui se termine dans la souffrance. Après quinze minutes d’agonies, l’éléphant Jumbo s’éteint dans un dernier soupir.

Son imposant corps sans vie, le soigneur le garde de tous pillages, de tous ceux qui veulent prendre un morceau de ses oreilles en souvenir où en trophée. Il finit par s’endormir sur le corps inerte de Jumbo. Malgré tout ses efforts, son corps se voit profané pendant son sommeil, une partie des oreilles de Jumbo manque.

Mais là encore pour un businessman, il y a toujours de l’argent à se faire. À tel point qu’une possibilité que tout cela soit organisé a été envisagé. Après tout, un animal malade coûte de l’argent, ne rapporte rien au cirque, alors que son corps inerte a une valeur pécuniaire.

Une autre voie a aussi été envisagé, c’est que le soigneur lui-même l’est fait exprès, y voyant une possibilité de libérer Jumbo de sa souffrance. Mais dans les deux cas, il n’y a qu’un seul gagnant.

Pas de repos, l’argent est prioritaire

éléphant - Jumbo - mort bourrée

Peau bourrée de Jumbo à l’université de Tufts. Image de Wikipédia.

Son corps de 3,7 mètres de hauts et de près de 5 tonnes est séparé en différent morceau. Le cœur a été vendu à l’université Cornell dans l’état de New York. La peau est conservée par le cirque, envoyé à New York pour être bourré. Des pièces, des jouets pour enfants, des sifflets et des clés sont retrouvés dans son estomac. La peau a été étirée au maximum pour qu’il paraisse plus impressionnant. Son corps est ensuite exposé à un gala à New York. Puis rejoint son squelette lors des différents arrêts du cirque.

Un géant de la nature dans un pot

Finalement le squelette est donné au Musée américain d’histoire naturelle de New York, tandis que la peau arrive à l’université Tufts dans le Massachusetts. Mais en avril 1975, un incendie se déclare, emportant la peau de Dumbo. Les cendres sont recueillies pour arriver dans un pot de beurre de cacahuète. La queue, envoyé pour rénovation, se trouve dans la réserve de l’université Tufts.

La logique de l’argent sur le bien-être animal est un fait bien trop présent sur Historie de Compagnie. C’est ainsi le cas de l’orque Tilikum, devenant une banque de sperme vivante. Ou bien le chien Balto, malgré le grand service qu’il a rendu, il est devenu une attraction dans des conditions honteuses. N’oubliez pas de laisser un commentaire. Que ce soit pour faire connaître votre avis où améliorer les biographies et les articles de ce blog. En vous remerciant de cette lecture et d’avoir découvert cette histoire.

Ce que retient l’histoire de l’éléphant Jumbo.

Son histoire n’est qu’un souvenir, mais son nom résonne comme la représentation du gigantisme.

Média

En Angleterre, ce sont de nombreuses statues qui lui rendent hommage. 1985, pour les cent ans de la mort de Jumbo, une statue grandeur nature a été érigée à St Thomas, au Canada. Il est présent dans de nombreuses histoires. Les très connus livres et films Disney (1941 et 2019) qui s’inspirent très librement de sa vie, sous le nom de Dumbo. C’est une contraction entre Jumbo et dumb signifiant idiot en anglais. 1999, le chanteur folk canadien, James Gordon raconte son histoire de sa vie et sa mort dans une chanson, Jumbo’s Last Ride dans l’album Pipe Street Dreams.

Sources

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