La chienne Judy, prisonnière de guerre

chienne - Judy

La chienne Judy, prisonnière de guerre. Image provenant de dogs-in-history.blogspot.com

Du Sussex à Shanghai

En février 1936, sept chiots naissent dans un chenil pour chien à Shanghai, un lieu utilisé uniquement par les ressortissants anglais. Parmi eux se trouve la chienne Judy, sa mère se nomme Kelly, un pointer anglais et cette dernière est originaire du Sussex. À l’âge de trois mois, Judy s’échappe du chenil et se retrouvant dans les rues de Shanghai, livrée à elle-même. Mais heureusement, un commerçant décide de s’en occuper. À l’âge de six mois, Judy doit retourner au chenil, à cause d’une altercation avec des marins japonais. De retour dans le lieu qui l’a vu naître, sa mère, ainsi que ses frères et sœurs ne sont plus là. Le commerçant lui avait donné le nom de Shudi, qui devient Judy.

La chienne Judy, la mascotte

À l‘automne 1936, un groupe de marin de la Royal Navy vient chercher un chien pour devenir la mascotte de leur navire, le HMS Gnat. Leurs choix se portent alors sur Judy. Rapidement, les soldats se rendent compte qu’ils ne pourront pas en faire un chien de chasse. Le temps passé dans les rues de Shanghai mais c’est surtout parce que les marins la traitent comme un animal de compagnie. Les seuls moments où son instinct refait surface, c’est lorsqu’il y a de la nourriture sur la table.

Pour s’occuper d’elle, un marin est désigné qui se trouve être aussi un des cuisiniers sur le navire. Il lui fournit alors un cageot un plastique et une couverture en guise de panier. Dans certains endroits, Judy n’est pas la bienvenue, surtout dans les quartiers des cuisines chinoises, ses derniers ne l’aiment pas. Elle a alors interdiction d’y pénétrer.

Durant le mois de novembre 1936, la chienne Judy tombe par-dessus bord. Rapidement, elle signale sa situation, en aboyant et le navire s’arrête. Un bateau à moteur vient la récupérer pour la ramener. Rapidement le message se diffuse dans le navire pour annoncer qu’elle est de retour à bord et que le baptême de Judy est terminé.

La chienne Judy, la protectrice

Après avoir subi une série de réparations, le HMS Gnat rencontre le HMS Ladybird où se trouve aussi une mascotte, un autre chien, un mâle. Mais Judy doit être gardée en laisse, elle n’apprécie pas ses avances et le montre bien. La nuit même, des pirates tentent de monter sur le pont, mais malheureusement pour eux, la chienne Judy les repère et signale rapidement leurs présences. Finalement, leur attaque surprise échoue, ayant perdu leur avantage.

chienne - Judy - portée de chiots

La chienne Judy avec l’une de ses portées de chiots. Image provenant de Wikipédia.

Quelques jours plus tard, la chienne Judy retourne sur la terre ferme, la première fois depuis qu’elle officie en tant que mascotte. Mais là encore, elle se montre peu coopérative comme chien de chasse. Malgré cela, ses sens sont toujours prêts pour protéger les marins avec qui elle vit. Un jour, un avion japonais survole le navire. Bien avant que les marins ne l’entendent ou le voient, Judy leur annonce son arrivée en aboyant. Elle montre encore sa volonté de les protéger lors d’une promenade en dehors de la ville de Jiujiang. Judy se met à tirer sur sa corde, en direction de la jungle, tandis que le soldat tente de la retenir. Elle vient d’éloigner un léopard.

Son mariage et sa lune de miel

En novembre 1937, le HMS Gnat croise le USS Panay. Les marins des deux navires se mélangent lors d’une fête. Mais lorsque tous les soldats anglais retournent sur leur navire, ils se rendent compte que la chienne Judy n’est plus avec eux. Cette dernière se trouve sur le USS Panay. Lorsqu’ils ont été contactés pour avoir des nouvelles de Judy, ces derniers ont menti. Finalement, c’est par un échange que la chienne retourne sur son navire, les marins anglais ayant volés la cloche du navire américain.

Au début de l’année 1938, lors d’une escale à Hankou, Judy fait la rencontre d’un autre pointer anglais. Il se nomme Paul et vit sur un navire français, le Francis Garnier. Après quelque jour, une cérémonie de mariage est alors organisée. La lune de miel se fait ensuite sur le HMS Gnat. Pendant trois jours, Paul reste en compagnie de Judy. Deux mois plus tard, elle donne naissance à treize chiots, dont dix survives. Certains se retrouvent sur des navires américains et français.

La chienne Judy se retrouve impliquée dans un incident en octobre 1938. Lors d’une promenade sur la terre ferme avec deux marins, des soldats japonais pointent leurs armes sur Judy. Les marins la protègent, jetant les soldats japonais dans le fleuve. Les jours suivants, plusieurs officiers japonais montent à bord du HMS Gnat, tandis que Judy se retrouve confinée à l’intérieur du navire.

La chienne Judy pendant la Seconde Guerre Mondiale

En 1939, une partie de l’équipage, y compris Judy, est transféré sur un autre navire, HMS Grasshopper. Suite à la déclaration de guerre des Britanniques à l’Allemagne, le navire où se trouve Judy part en direction de Singapour. En chemin, la chienne a le mal de mer, mais grâce au bon soin des marins, elle arrive rétablie sur place. Le navire, ainsi que Judy y reste jusqu’en janvier 1942.

Le jour où un obus lui tomba dessus

chienne - Judy - Grasshopper

La chienne Judy sur le HMS Grasshopper. Image provenant de Wikipédia.

À partir de cette date, la chienne Judy navigue le long des côtes de la Malaisie. Les tires lancés par le HMS Grasshopper résonne dans toute la structure. D’autres fois, ce sont de nouvelles têtes passagères qui embarquent issus d’évacuation. Le navire retourne à Singapour, lors d’une bataille pour la défendre à partir du 8 février 1942. Ce sont les mêmes missions et encore une fois le navire se remplit de nouvelles têtes, que Judy s’emploie à saluer.

Le navire britannique se dirige vers Batavia dans les Indes néerlandaises avant de prendre le chemin des îles Lingga, Indonésie. Le but est de se cacher des Japonais. Mais le 14 février 1942, la chienne Judy indique l’arrivée de plusieurs avions japonais. Elle rentre à l’intérieur, trouvant refuge dans son coussin, sous les ponts. Malheureusement, c’est à cet endroit qu’un obus tombe et explose. Elle se retrouve bloquée sous un tas de caisses, dans l’obscurité. Mais entre temps, l’ordre d’abandonner le navire tombe. Finalement, un marin, son gardien, revient la secourir, la repérant par ses plaintes. Elle revient parmie les siens qui ne s’étaient pas rendu compte de son absence dans la panique.

Ils retournent ensemble sur l’île inhospitalière, sur un radeau improvisé, avec de la nourriture et des fournitures, tandis que le navire sombre lentement. Rapidement, l’eau potable manque. La chienne Judy s’enfonce alors dans la jungle, d’un seul coup, peut-être guidé par sa propre soif, elle se met à creuser le sol meuble. Après plusieurs minutes, elle finit par tomber sur de l’eau potable, sauvant ainsi les marins d’une mort par déshydratation. Ces derniers s’étaient mis à sa recherche.

Celle qui trouve de l’eau

Pendant la nuit, le navire explose, éclairant ainsi l’obscurité, avant de définitivement disparaître. Les marins restent plusieurs jours à camper sur place, tandis que la chienne Judy les protègent des serpents. Cinq jours après le bombardement de leur navire, un bateau en bois accoste sur l’île, les marins y embarquent et arrivent sur la plus grande des îles Lingga. Ils y laissent les blessés, tandis que Judy et les autres continuent leur périple vers Sumatra.

Au bout d’un moment, leur bateau à voile devient trop imposant pour passer dans les rivières. Ils doivent alors continuer à pied dans une jungle où le danger rôde en permanence. Judy avertit les marins de la présence des prédateurs, mais elle se fait elle-même surprendre par un crocodile. Heureusement, elle ne finit qu’avec une coupure à l’épaule. Les marins recousent sa blessure qui s’étend sur quinze centimètres. Elle reprend sa mission de surveillance, les sauvant d’une attaque d’un tigre de Sumatra.

Ils arrivent finalement à Sawahlunto, une ville de Sumatra après cinq semaines dans la jungle, où ils prennent un train pour Padang. Mais sur place, la dernière évacuation a eu lieu neuf jours plus tôt. Les Japonais finissent par leur tomber dessus, ils sont faits prisonniers, y compris Judy, le 18 mars 1942.

Judy, l’unique chien prisonnier de guerre

Initialement détenue à Padang, avant d’être transférée à Belawan, la chienne voyage clandestinement sous des sacs de riz vide. D’abord soignés par les marins britanniques qui voyageaient avec elle, mais ces derniers décèdent du paludisme. Pour survivre, elle mange les insectes qu’elle trouve jusqu’en août 1944. Moment où un soldat de l’aviation la recueille, partageant sa propre ration de riz avec elle.

Celle qui détestait les soldats japonais

La chienne permet aux soldats de supporters les menaces et les punitions des Japonais. Judy se met souvent à aboyer et à grogner après les soldats asiatiques lorsqu’ils se mettent à battre un prisonnier. Ils se mettent alors à la frapper et la menacent de lui tirer dessus. C’est grâce à son protecteur qu’elle obtient le statut officiel de prisonnier de guerre, lui évitant ainsi d’être tuée par un soldat ennemi. Elle est le seul animal officiellement prisonnier de guerre, pendant la seconde guerre mondiale. Judy porte le matricule 81A Gloegoer Medan.

Pendant son séjour dans le camp, Judy alerte les prisonniers de l’arrivée des gardes japonais, ainsi que des serpents et des scorpions. La chienne sort aussi du camp pour attraper des rats et des serpents qu’elle rapporte à son protecteur. Bravant à chaque les dangers de la jungle, les tigres et les crocodiles, ainsi que les gardes japonais.

Elle attend une nouvelle fois une portée, leur donnant naissance deux mois plus tard à neuf chiots, mais seulement cinq survivront. L’un d’eux est donné au commandant du camp, c’était l’une des conditions pour obtenir son statut de prisonnier. Un autre arrive dans le camp des femmes, introduit clandestinement. Un chiot est donné à la Croix Rouge, tandis qu’un autre n’a pas eu cette chance. Il est battu à mort par un garde ivre, alors que le dernier restera sur place après le départ de Judy.

L’acte héroïque de la chienne Judy

En juin 1944, ils sont transférés à Singapour sur un navire volé aux Pays-Bas. Encore une fois, Judy doit y aller clandestinement, les chiens étant interdit sur le navire. La chienne doit alors rester immobile et silencieuse dans un sac de riz, avant cela, son protecteur l’avait entraîné pour ce moment. Au moment de monter, le sac qui la contient est portée par-dessus l’épaule de son protecteur. La pauvre chienne devait être bien serrée. Pendant tout le trajet, ils se trouvent sur le pont, avec une chaleur intense, avec près de sept cents prisonniers serrés sur un petit espace. Pas un moment la chienne n’a montré sa présence aux gardes japonais.

Mais le 26 juin 1944, le navire est torpillé. Son protecteur en profite alors pour la jeter à la mer par un hublot, chutant sur près de cinq mètres, toujours dans son sac. Une fois dans l’eau, Judy aide les prisonniers, elle leur permet de s’accrocher à elle, les emmenant à des débris ou en emmenant ces derniers à eux. Son protecteur l’a retrouve finalement sur les quais et ils tentent de prendre la fuite, après qu’un cargo japonais les ont repêchés. Mais un soldat japonais les stoppe, menaçant de tuer la chienne. C’est l’intervention de l’ancien directeur de son précédent camp qui les sauvent d’une mort certaine. Ils se retrouvent séparés une nouvelle fois.

Elle arrive dans son nouveau camp de prisonnier et elle finit, avec de la patience, à retrouver son protecteur, le surprenant par derrière. Une joie commune les submerge. Après quatre semaines dans le camp, ils retournent tous les deux à Sumatra pour une mission de cueillette. Mais ils y passent finalement un an.

L’instinct qui reprend le dessus

Son protecteur coupe des arbres et pose des voies ferrés à travers la jungle. Il continue de partager sa maigre ration avec la chienne, un mélange de larves et de tapioca. Mais elle sait se montrer utile, indiquant lorsque des habitants se trouvent près d’eux, permettant de faire des échanges. Elle aboie pour signaler la présence d’animaux et laisse les plus dangereux aux gardes japonais, tel que des éléphants ou des tigres.

Cette expérience change non seulement les hommes, mais aussi la chienne Judy. Avec le temps, elle s’amaigrit à vue d’œil, mais son comportement change aussi, agissant de plus en plus souvent par instinct et ruse. Mais elle est aussi une raison de vivre pour son protecteur, la regardant dans ses yeux injectés de sang, se demandant ce qui lui arriverait s’il venait à partir. Judy réagit sans qu’il lui parle, allant dans la jungle par un simple geste et revenant sur un simple sifflement. Judy tente même d’enterrer un os d’éléphant qu’elle a trouvé.

Au début de l’année 1945, Judy se montre de plus en plus agressive avec les soldats japonais et coréens, malgré le fait que le soldat l’envoie dans la jungle pour la protéger. À plusieurs reprises, ils se mettent à lui courir après et lui tirent dessus. La chienne se réfugie dans la jungle, mais une des balles finit par la toucher. Son protecteur vient à sa rencontre, il ne peut pas faire grand-chose. Il lui applique des feuilles de palmier sur sa plaie de son épaule pour stopper le saignement.

Encore une fois, ils doivent changer de camp, mais quelque temps plus tard, il y a une invasion de poux. Judy est condamnée à mort, mais ils ne pourront jamais appliquer leur sentence. En effet elle disparaît pendant trois jours, ne réapparaissant qu’une fois que les Japonais ont abandonné le camp.

chienne - Judy - médaille Dickin

Judy recevant la médaille Dickin. Image provenant de www.gov.uk

Sur la terre de ses ancêtres

Une fois le camp libéré et le départ des prisonniers commencé, la chienne Judy doit encore une fois passer en contrebande sur le navire. Après avoir évité les contrôles sur les quais, la chienne se retrouve dans les cuisines du navire. Pendant six semaines, elle reste cachée, peu de personnes sont au courant de sa présence. Mais trois jours avant l’arrivée à Liverpool, son protecteur l’annonce au capitaine.

Judy, la clandestine

Malgré la colère du capitaine, elle finit par débarquer, mais doit aller en quarantaine à Hackbridge dans le Surrey pendant six mois. Son protecteur vient souvent lui rendre visite, de même que des marins qui l’ont reconnue pendant le voyage. Grâce à un appel au don, les frais peuvent être payés. Elle est libérée le 29 avril 1946. Ils se rendent directement à Londres, à une cérémonie organisée en l’honneur de Judy, où elle reçoit une médaille pour sa vaillance.

Elle suit les différentes affectations de son protecteur, tandis que sa réputation ne fait que grandir. Elle reçoit ainsi en mai 1946, lors d’un évènement au Cadogan Place, la médaille Dickin, en même temps que son protecteur reçoit la sienne de la même personne. Le 8 juin 1946, elle se retrouve à la radio, aboyant pour fêter la victoire de Londres. Ils sont présents ensuite au stade Wembley, rassemblant 82,000 personnes, partageant la vedette avec un autre chien du nom de Rob. Ils apparaissent à plusieurs reprises ensemble. Une fois, dans les coulisses, il vient à sa défense d’un autre chien qui la mord.

En parallèle de leur intervention aux médias, Judy rend visite aux femmes de soldats disparus. Elle participe aussi à plusieurs expositions canines à travers le pays. Finalement, le 22 juillet 1946, son protecteur est démobilisé, le rendant libre de ses déplacements.

La chienne Judy en Afrique

Le 10 mai 1948, son protecteur et un ami partent pour un programme alimentaire en Afrique de l’Est, dans la Tanzanie actuelle. La chienne les suit logiquement dans leur périple. Même s’il fallut l’intervention d’un vicomte pour lui permettre de partir.

Ses derniers jours douloureux

chienne - Judy - tombe

La tombe de Judy en Tanzanie, Afrique. Image provenant de Wikipédia.

Ils se retrouvent dans une maison d’une plantation tout près de la jungle. Judy reprit alors sa mission de surveillance, contre les serpents, les babouins et les singes. Pendant son séjour, Judy a une troisième et dernière portée de neuf chiots. Au cours de l’année 1950, la chienne s’enfonce dans la jungle et se retrouve une hutte des locaux, où elle est très malade. Ces derniers prennent soin d’elle et son protecteur la découvre très mal au point. Elle tente de se mettre debout, mais elle est trop faible. Il la ramène alors chez eux, mais la chienne hurle de douleur.

Ils se rendent dans la ville de Nachingwea, chez un chirurgien anglais. La pauvre chienne, Judy continue de crier sa douleur. Une tumeur mammaire est diagnostiquée et elle subit une opération dans la foulée. Elle semble bien se remettre, mais rapidement son état se dégrade. La chienne est infectée par le tétanos, Judy est euthanasiée le 17 février 1950 à l’âge de quatorze ans. Elle est enterrée en Tanzanie avec sa veste et ses médailles, la Pacific Star, le 1939-1945 Star et la Defense Medal. Après deux mois de travail, un monument en granit et en marbre est placé sur sa tombe, une plaque racontant son histoire.

Vous venez de découvrir l’histoire de la chienne Judy sur Histoire de Compagnie. Laissez un commentaire pour honorer la mémoire de cette héroïne. D’autres animaux ont été des soutiens émotionnelles importants, c’est ainsi le cas de l’ours Wojtek qui permit à une armée apatride de continuer le combat. Tandis que d’autres ce sont retrouvés eux aussi bloqué sur un navire après un bombardement, c’est le cas du chat Simon.

Ce que l’histoire retient de la chienne Judy

Elle est le seul animal avoir été officiellement prisonnier de guerre pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Média

En 2016, Judy: The Unforgettable Story of the Dog Who Went to War and Became a True Hero. En 2018, GI Dogs: Judy, Prisoner of War et No Better Friend: Young Readers Edition: A Man, a Dog, and Its Incredible True Story of Friendship and Survival in World War II.

Sources

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1 réponse

  1. Claude Fée dit :

    Merci de retracer le destin de cet animal, soumis aux aléas des hommes et qui trouvent le moyen de les protéger ! C’est émouvant.

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